Le marché immobilier à Arcachon n’a jamais autant fait parler de lui : selon les Notaires de France, le prix médian des appartements a bondi de 9,4 % entre 2022 et 2023 pour atteindre 9 870 €/m². En parallèle, le site MeilleursAgents avance une hausse encore plus marquée sur les maisons, à 10 450 €/m² en février 2024. Des chiffres records qui placent la cité balnéaire girondine juste derrière Biarritz dans le palmarès des stations les plus chères de la façade atlantique. Pourtant, derrière ces sommets tarifaires se cachent des signaux contrastés que tout investisseur avisé gagnerait à décrypter.


Panorama 2024 du marché immobilier arcachonnais

Un déséquilibre offre-demande persistant

Arcachon compte 11 432 habitants (Insee 2023) pour près de 22 000 logements, dont 63 % sont des résidences secondaires. Cette proportion hors norme entretient une rareté structurelle : seule une poignée de biens arrivent sur le marché chaque trimestre. Résultat :

  • Délai moyen de vente : 47 jours (contre 71 jours au niveau national).
  • Taux de négociation : 2,1 % seulement, soit la moitié de la moyenne hexagonale.
  • Taux de propriétaires occupants : 30 %, l’un des plus bas de Nouvelle-Aquitaine.

L’épisode Covid a accéléré la tendance. De nombreux télétravailleurs bordelais – encouragés par la liaison SNCF de 50 minutes inaugurée en 2017 – se sont rués sur la côte. Le phénomène a fait grimper les prix de 26 % entre 2020 et 2022, un niveau comparable au boom qu’a connu Miami après 2010.

Segmentation géographique très marquée

D’un côté, la Ville d’Hiver et ses villas Napoléon III flirtent allègrement avec les 15 000 €/m². De l’autre, l’Aiguillon, quartier historiquement populaire, reste « accessible » à 6 800 €/m². Entre les deux, le front de mer et la place des Marquises cristallisent l’essentiel des transactions de luxe – Sotheby’s Arcachon rapporte 42 ventes supérieures à 2 M€ en 2023, un record depuis 2008.


Pourquoi les prix restent-ils élevés ?

Pression foncière et contraintes environnementales

Arcachon est cernée par le Bassin, la forêt des Landes et le Parc naturel marin. Les terrains constructibles se font rares ; le Plan local d’urbanisme (PLU) de 2022 a gelé 37 hectares supplémentaires en zone inconstructible pour protéger la biodiversité. Toute extension horizontale est donc quasi impossible (un scénario comparable à celui de Saint-Tropez, également enclavé).

Financement : le coup de pouce des taux variables

Malgré les hausses de la BCE, plusieurs banques régionales continuent de proposer des prêts « in fine » à 3,25 % sur dix ans pour les gros patrimoines. Additionné aux revenus locatifs tirés de la location saisonnière (273 €/nuitée moyenne l’été, chiffres AirDNA 2024), le rendement brut peut atteindre 4,7 % dans certains quartiers.

Effet vitrine du Bassin

La Dune du Pilat, citée par The New York Times en 2023 comme l’un des « 25 most breathtaking natural landmarks », alimente un storytelling puissant. Arcachon bénéficie d’une aura internationale qui attire les fonds étrangers : 8 % des acquéreurs 2023 étaient britanniques ou belges, contre 3 % en 2019.


Quelles opportunités d’investissement à Arcachon en 2024 ?

Le créneau « T2 ancien + rénovation énergétique »

Les passoires thermiques (étiquettes F et G) sont boudées : –18 % de valeur par rapport aux biens classés C, selon SeLoger 2024. Or, les aides MaPrimeRénov’ et l’éco-PTZ peuvent financer jusqu’à 60 000 € de travaux. En optimisant l’isolation, le propriétaire repasse en classe D et revalorise le bien d’environ 12 %.

Les résidences gérées

Avec la suppression progressive du dispositif Pinel (fin 2024) sur la Gironde, les résidences services pour seniors autonomes se détachent. Le bail commercial garantit un loyer indexé sur l’IRL, tandis que le statut LMNP (Loueur Meublé Non Professionnel) procure un amortissement quasi intégral du prix d’acquisition. Une micro-résidence de 28 studios est en cours de montage rue François-Legallais ; la commercialisation débute à 4 950 €/m², soit 40 % sous le prix moyen du centre.

Location saisonnière : toujours rentable ?

• Taux d’occupation moyen : 63 % à l’année, 92 % de juin à août.
• Revenu annuel brut d’un T3 face mer : 35 700 € (frais de gestion inclus).
• Plafond fixé à 120 jours pour les résidences secondaires : au-delà, un changement d’usage est obligatoire.

Cette contrainte administrative (décret du 28 décembre 2023) découle de la pression touristique, mais elle n’annihile pas la rentabilité. En arbitrant à 90 jours, un propriétaire préserve l’exonération d’impôt CFE et maintient un TRI supérieur à 4 %.


Fiscalité, écologie et futurs chantiers

« Qu’est-ce que la surtaxe d’habitation locale ? »

Arcachon applique depuis janvier 2024 une majoration de 60 % sur la taxe d’habitation des résidences secondaires. Pour un studio de 30 m² (valeur locative cadastrale 3 600 €), le surcoût grimpe à 400 € annuels. Objectif : inciter à la remise sur le marché locatif longue durée.

D’un côté…

Les investisseurs patrimoniaux voient dans cette surtaxe un signe d’hostilité et se tournent vers Biscarrosse ou Andernos.

… mais de l’autre

La mairie prévoit la réhabilitation de l’îlot Peyneau (18 000 m²) en éco-quartier, avec 35 % de logements sociaux et intermédiaires. Un projet qui pourrait rééquilibrer l’offre et détendre la pression sur les prix d’ici 2027.

Transition énergétique obligatoire

Le décret « Tertiaire étendu » (août 2022) oblige désormais tous les bâtiments résidentiels de plus de 1 000 m² à réduire de 40 % leurs consommations d’ici 2030. Conséquence immédiate : les copropriétés de la promenade du Front-de-Mer planifient des ravalements biosourcés en chanvre-chaux, une première sur la côte Atlantique.


Et maintenant ?

Arcachon reste un micro-marché où le mètre carré se négocie parfois au prix d’une œuvre de Soulages. L’absence de foncier, la demande touristique mondiale et les arbitrages fiscaux façonnent un terrain de jeu exigeant mais encore fertile pour qui sait cibler les niches — passoires thermiques à rénover, résidences gérées ou biens intermédiaires dans l’Aiguillon. De mon côté, j’examine déjà la prochaine vente notariale du 12 avril 2024 : un duplex vue bassin estimé 8 800 €/m². Curieux d’en discuter ? L’actualité immobilière arcachonnaise fourmille d’autres surprises que je me ferai un plaisir d’analyser pour vous dans mes prochains articles.